

La maison qui se souvenait
La maison n’était pas abandonnée.
Elle avait simplement appris à se taire.
Ses murs retenaient encore la chaleur des mains posées autrefois,
les pas lents dans l’escalier,
le souffle régulier des nuits sans mots.
On disait qu’elle respirait.
Ce n’était pas exact.
Elle se souvenait.
Chaque pièce gardait une trace —
pas une image nette, mais une sensation :
un éclat de voix étouffé,
une attente prolongée,
un silence transmis sans être nommé.
Les maisons savent faire cela.
Elles conservent ce que les humains déposent sans s’en rendre compte.
Quand quelqu’un revient, longtemps après,
ce n’est pas la poussière qui surprend,
ni l’odeur du bois ancien,
mais cette impression étrange d’avoir déjà été attendu.
La maison ne juge pas.
Elle ne réclame rien.
Elle garde.
Elle porte les absences avec autant de soin que les présences.
Elle transmet, sans langage,
ce qui n’a jamais trouvé sa place dans une phrase.
Certains lieux deviennent des archives.
Pas de papier, pas de dates.
Seulement des couches de vies superposées,
respirant encore sous le poids du temps.
Et parfois, il suffit d’entrer,
de s’arrêter,
et d’écouter.
Élisabeth de Cordoba
"Pour une expérience de lecture parfaite"
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